
Quand j’avais huit ans, j’ai décidé de rentré dins sœurs religieuses. Ça fait vingt cinq ans que chu dins sœurs religieuses pis j’ai juste trente trois ans… L’âge éternel de l’enfant Jésus… Quand j’avais huit ans, j’étais pas capable de m’trouver d’mari pis y’avait l’Bon Dieu qui m’faisait d’l’œil. Quand mon père pis ma mère, ton grand-père pis ta grand-mère, la mère de ton père pis le père de ton père ont appris ça, y m’ont donné dé roses. J’étais contente, j’pensais que y’étaient contents! Pis là j’ai pris lé roses dans mé mains pis j’ai serré fort. Ch’tait tellement contente, j’vivais pas d’autre émotion. J’portais une grosse robe blanche ce jour là. J’serrais lé roses fort dans mé mains pis… ben… ça m’faisait pas mal… parce que j’étais ben d’trop heureuse pour avoir mal. Quand on est heureuse, ma Torchonne, on est capable de marcher dans l’feu sans s’brûler. Quand j’ai arrêté d’être heureuse deux secondes, j’ai vu que j’avais lé mains pleines de sang. J’avais taché ma robe. J’ai ouvert mé mains pis là ceux qui m’avaient donné lé fleurs ont ri pendant une demie heure. Mais j’ai ri avec eux autres. Une demi heure de temps, moutarde! Ma robe était devenue le saint suaire. Mé mains étaient comme le front de Jésus le jour de sa crucifixion. Mé roses étaient ma couronne de ronce… J’ai ben dé angoisses à vivre tu seule, ma belle enfant… Ben dé angoisses. La crasse, ma Torchonne, cé pas juste d’la graisse. Tu crairais pas à ça comment qu’lé murs sont sales chez nous. Té pas v’nu à l’orphelinat depuis quasiment deux ans pis y’a d’la crasse qui a mangé mé f’nêtres. Y’a pu d’soleil qui passe à travers. Juste un gros nuage gris comme celui qu’fait l’bonhomme sept heure pour faire peur aux enfants. Y’a un mot que ch’trouvais beau quand j’tais jeune mais que j’comprenais pas. Morose. Tu l’connais tu l’mot morose, ma Torchonne? Morose, cé un mot …Morose. Cé beau comme mot. On dirait qu’on a mélangé lé mot rose pis mordre comme dé patates pilées. Comme mordre dins roses. Comme si c’était dé patates.