
Quand j’avais quinze ans, j’avais amené une fille pour la frencher dans l’bois en arrière du terrain de baseball. Ç’tait à St-Jean-Baptiste pis j’avais bu d’la Laurentide, en masse, pas trop. J’avais l’habitude de piquer dé Laurentides à mon père avant d’aller frencher. Anyway, j’l’amène dans l’ti-bois pour la frencher carré, sauf que, rendus au p’tit ruisseau, a m’a faite r’marquer que ça puait l’vieux pourri à Ronald Poitras, un gars d’not’ école qui était allergique à l’eau. On s’en fout, moé aussi j’trouvais qu’ça puait l’pourri. Mais ç’tait pas Ronald Poitras qui puait dans l’bois, ç’tait ben plus dégueulasse. Facke on sé mis à longer l’ruisseau pour se rendre au p’tit pont à french, le cœur su’l’ bord dé lèvres, quand tout à coup, j’ai vu un gros tas d’grenouilles mortes l’aut’ bord du ruisseau. Cé ça qui puait l’pourri. Pis quand j’dis un gros tas, cé plus que quatorze, cé plus que cent, cé comme mille grenouilles mortes ramassées ensemble… Pis c’était pas un tas tout croche… Non, c’était un beau tas. Lé grenouilles avaient été empilées soigneusement lé z’unes par-dessus lé z’autres… Comme un mur. La fille du french est restée sans bouger, où on avait vu l’tas. Plus téméraire, j’me sus avancé pour voir tout l’tour du mur de grenouilles. Le temps sé arrêté. Le sol sé séparé en deux. Flash de lumière, ramassant en même temps le tiers dé grenouilles pour lé z’avaler dans l’trou. D’un coup. Le trou au sol sé tu’suite r’fermé. BANG! Ma témérité sé transformée en frayeur. D’une shot. J’ai pas frenché finalement ce jour-là.