
Avoir dé bébés, cé estraordinaire. J’te l’dit, je l’sé que j’te l’ai déjà dit, mais tsé que chus contente de l’dire, avoir dé bébés, cé vraiment estraordinaire. On pense vraiment pas que cé aussi l’fun. Je l’savais quand j’avais 12 ans, r’marque, que j’en voudrais dé bébés… J’me souviens comment j’tais fatigante avec ça, moé. Tu t’en souviens-tu comment j’tais fatigante avec ça, hein? J’d’mandais à tout l’monde si y voulait avoir dé bébés avec moé. J’me souviens, j’le demandais souvent à popa : « Veux-tu qu’on fasse dé bébés ensemble, popa? » J’tais folle! J’tais folle hein? J’tais ben folle… Lui, y’était gêné comme cé pas possible quand j’y d’mandais ça… Y v’nait ben p’tit dans sé shorts. Ostie qu’y v’nait p’tit dans sé shorts quand j’y d’mandais si y voulait qu’on aille dé bébés ensemble… Oh! qu’y v’nait-tu mal pas yenque un peu… Mais tsé, y’a une différence entre être une princesse qui attend la cigogne pis, pis devenir, vraiment, une vraie maman, une vraie reine, pas juste une maman dans la tête d’une p’tite fille. J’tais une p’tite fille qu’y avait dé grandes envies de moman. Je l’sé que t’as vraiment hâte toi aussi de devenir popa. Tu ferais un super popa. Cé vraiment super, vraiment super, que j’puisse jaser de ça avec toi. Té un frère incroyable là-d’sus. Même en prison té fin. (Silence) J’ai toujours eu l’impression que mon utérus pouvait contenir ben d’la place. J’ai un utérus qui a toujours le goût d’grossir. Un peu comme lé poissons qu’on achetait quand on était p’tits. T’en souviens-tu, lé ti-poissons en plastique qu’on mettait dans un bol à margarine rempli d’eau pis qu’on laissait grandir pendant deux jours dans’ salle de bain? Ben, mon utérus, y’é comme lé poissons. Y’a tout l’temps l’goût d’grossir dans l’jus d’ventre qui se ramasse là-d’dans quand on a dé bébés. Tsé lé poissons qui grossissent dans l’eau, ben j’ai toujours eu l’impression que mon utérus était comme un poisson qu’on met dans l’eau pis qui grossit. Pis j’aime ça, j’en suis ben folle. Folle. J’te jure, j’pense que si j’pouvais, j’f’rais juste ça avoir dé bébés. J’aurais dé bébés en automne, dé bébés en hiver, dé bébés en été, dé bébés au printemps, dé bébés à tous’ é z’ans. Dé bébés tout l’temps. Dé bébés tout l’temps, tout l’temps, sacrament, tout l’temps! Un bébé, dé jumeaux, dé triplés, dé quadruplés, dé quintuplés, dé sixtuplés, sept pis huit pis envoye donc pour neuf en même temps, tant qu’à accoucher, comme une moman chienne, j’accoucherais pour quequ’chose! Parce que cé vraiment le genre d’affaire qui fait que tu t’d’mandes pus quessé tu vas faire lé jours pis lé soirs pis lé nuites parce que tu l’sé que tu vas avoir dé bébés à accoucher, dé bébés à nourrir, dé bébés à changer d’couche, dé bébés à mettre au dodo, dé bébés à habiller avec dé tites tites pantoufles parce que dé bébés, cé drôles, dé bébés, comment ç’a tout l’temps froid dé bébés! Mais tsé, tsé comment on s’ennuie quand on n’a pas de bébés… Ben tsé comment ça peut arriver que tu t’ennuies parce que t’en n’as pas de bébés, ben tsé, tu t’ennuies aussi parce té en prison, mais tu t’ennuies aussi parce que t’as pas d’bébés, hein? Faque tu t’ennuies pas, ça te fait tout l’temps d’quoi à faire. Pis tu peux pas t’imaginer comment cé spécial de donner son toton au bébé quand y’a soif. Cé vraiment drôle au début. Mais tsé, toé, tu donneras jamais tes totons aux bébés, ce s’rait ben d’trop drôle qu’un papa essaie de donner son sein à boire à dé bébés! Ce s’rait drôle, hein? Ce s’rait drôle que t’essaies. Peut-être que si lé monsieurs essayeraient y’aurait du lait qui pousserait dans leurs totons aussi. En tu cas, chus pas mal fière de mé totons. Y sont rendus tellement beaux depuis que j’ai dé bébés. Avant, tu t’souviens-tu avant comment j’avais dé ti-totons? Tu t’en souviens-tu comment j’avais dé ti-totons mous? Tsé popa riait d’moé parce qu’y disait que j’avais y’enque dé ti-totons d’biquette. Ben si y s’ra pas mort, y verrait ben que chus rendue avec dé gros totons d’madame riche. Y s’rait fier de moé. Mais chus quand même déçue que popa aille pas dé souvenirs de beaux tôtons mais qu’y se rappelle y’enque de mé ti-totons d’biquette dans sa tombe, tsé. Eille, chus nounoune de dire dé affaires de même. Faudrait pas que la tite a m’entende, hein? J’ai amené dé photos du bébé, d’la p’tite. Je l’sé que ça fait longtemps que tu l’as pas vue, la p’tite. Je l’sé que tu t’ennuies ben gros d’elle mais a l’a vraiment pris gros du poid. Est grosse la p’tite tabarnak! A grossit à vue d’œil. Comme lé poissons dans l’eau quand on était p’tit. J’ai amené dé photos. Je l’sé que j’ai pas l’droit de t’passer dé photos parce que lé propriétaires de la prison, y pensent que té dangereux. Mais tsé, moé, je l’sé que té pas dangereux pour deux cennes. Mais eux z’autres, y pensent que té dangereux, faque cé con! J’pourrai pas te donner lé photos dans té mains comme si on r’gardait dé photos comme chez Jacqueline quand on était p’tits, pas dé ti-bébés, mais quasiment. C’que j’vas faire, cé que j’vas coller lé photos dins barreaux pour que tu lé vois, lé photos. J’vas lé coller dins barreaux, tsé, comme ça tu vas bien lé voir!Là ça cé une photo où a rote, ça cé une photo où a mange du brocoli mou, ça cé une photo où a déballe un ti-cadeau que j’y avais faite au dépanneur, ça cé une photo où a fait semblant de conduire une charrue, ça cé une photo où a r’garde à terre, ça cé une photo où a rit parce qu’à l’avait lancé le ti-lapin en bas dé marches, ça cé une photo où a mange d’la plasticine, là cé une photo où a donne dé becs mouillés su’ ma bédaine, là cé la photo où a pleure parce que j’y avais tapé lé fesses parce qu’a voulait pas manger du brocoli mou, là cé une photo floue, là cé une photo a sa fête où tout l’monde était là sauf toé, là cé une photo où a flatte le lapin mais qu’le lapin y’é mort mais qu’elle le sé pas mais que cé elle qui l’a lancé en bas dé marches tantôt, là cé une photo que du monde y lance dé restes de jello qu’a l’avait pas mangé, faque on y lance pour rire, ça cé une photo où a dort, là cé une photo où a dort, là cé une photo où a dort, là cé une photo où a dort, là cé une photo où a dort, là cé une photo où a dort, là cé une photo où a dort, là cé une photo où a dort, là cé une photo où a dort, là cé une photo où a dort, là cé une photo où a se réveille pis qu’on rit, moé pis Gilles, parce que ça fait dix photos qu’on prend d’elle quand a dort, là cé une photo où a braille parce qu’on l’a réveillée en riant, là cé une photo où a tombe en bas de son lit parce qu’est fâchée fâchée, là cé une photo où son ti-bras y’é dans l’plâtre, là cé une photo où a barbouille son plâtre de ketchup, ça cé une photo où a maquille sa face de ketchup, là cé une photo où Gilles la chicane parce qu’y dit que du ketchup, cé pas donné pis l’gaspillage, ça l’énarve, là cé une photo où moé j’me mets du ketchup dans face pour niaiser Gilles, ça cé une photo où Gilles boude su’l’lazy boy en mangeant dé frites au ketchup durant que l’bébé braille, là cé une photo qu’la p’tite a crache son brocoli mou sur le kodac facke cé pour ça que cé flou pis vert su’a photo. Pis ça finit là. Mé photos du bébé finissent là. Chus complètement folle d’amour de ce ti-bébé-là, si tu savais, si tu savais. Y’enque pour que tu saches, j’ai pris toutes cé tites photos-là en trois jours, tsé. Tsé! J’peux ben pas avoir de cash pour m’acheter une tente roulotte si j’dépense toute mon cash à acheter dé kodaks jetables, tsé. Y faudrait pas que j’casse mon cochon à chaque fois que j’vas au dépanneur pour m’acheter dé kodaks, dé cigarettes pis du ketchup.